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Jeanne Moreau

La comédienne, chanteuse, actrice et réalisatrice Jeanne Moreau est morte lundi 31 juillet à l’âge de 89 ans, a annoncé son agent à l’Agence France-Presse lundi. L’actrice à la beauté sensuelle et à l’inimitable voix grave, qui a fasciné les plus grands réalisateurs au cours d’une carrière de soixante-cinq ans, a été retrouvée morte à son domicile parisien, a précisé Jeanne d’Hauteserre, maire du 8e arrondissement. Elle a été retrouvée par sa femme de ménage tôt lundi matin, selon plusieurs sources.

Née le 23 janvier 1928 à Paris d’un père restaurateur et d’une mère danseuse anglaise, l’inoubliable interprète de la chanson Tourbillon dans Jules et Jim, de François Truffaut, a tourné dans plus de 130 films. Le président Emmanuel Macron a rendu hommage à « une artiste qui incarnait le cinéma dans sa complexité, sa mémoire, son exigence ».

« Il est des personnalités qui à elles seules semblent résumer leur art. Jeanne Moreau fut de celles-ci. (…) Sa force fut de n’être jamais où on l’attendait, sachant s’échapper des catégories où trop vite on aurait voulu la ranger. Telle était sa liberté, constamment revendiquée, mise au service de causes auxquelles elle croyait, en femme de gauche ardente, toujours rebelle à l’ordre établi comme à la routine. »

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Jeanne Moreau : elle était une voix

L’actrice s’est éteinte lundi à 89 ans. Mythe d’une époque, créatrice insatiable, artiste totale, elle était Jeanne la comédienne, la réalisatrice, la chanteuse. Et surtout la femme amoureuse et libérée, comme celle de ses rôles cultes, de Catherine dans «Jules et Jim» de François Truffaut à Florence dans «Ascenseur pour l’échafaud» de Louis Malle.

Et pour vous, c’était qui, Jeanne Moreau ? On vient d’apprendre sa mort, on la savait souffrante et on n’ignorait rien de son âge, 89 ans, qu’elle n’a d’ailleurs jamais cherché à dissimuler, et pourtant, on est pris de court, être mortelle et malade n’a jamais été une raison suffisante pour mourir. Pris de court, on est aussi pris d’un flou. D’Orson Welles à François Truffaut, en passant par le metteur en scène de théâtre Klaus Michael, Gruber dont elle disait qu’il l’avait marquée à vie, ou Serge Rezvani et ses fameuses chansons, Jeanne Moreau comprend trop de planètes, on craint d’en oublier, on oublie forcément.

Etait-elle d’abord une voix enchanteresse, la plus belle voix du monde, qu’on reconnaît où qu’elle soit, un charme absolu et envoûteur, l’impossibilité d’y échapper lorsqu’on la croisait, que ce soit sur un écran, une scène de théâtre ou en chair et en os ? Ou la dernière grande diva, avec ce que cela suppose de caprices, de revirements et d’égocentrisme, mais aussi de jeux, de souplesse, d’invention et d’humour ? L’identifie-t-on plutôt à la Catherine libre et fatale de Jules et Jim chez François Truffaut, ou à l’Eva prostituée de luxe dans le film de Joseph Losey qui porte le nom du personnage ? Ou est-elle avant tout l’héroïne d’Orson Welles qui, simple spectateur, tombe amoureux d’elle dès 1950 lorsqu’il la voit sur scène à la première d’Othello ? Le théâtre était sa première passion, interdite par ses parents, il resta son fil conducteur et salvateur.
«Absence de futilité»

Jeanne Moreau n’a jamais cherché la notoriété. C’est ce qu’elle nous avait dit en 2012, quand on l’avait rencontrée au festival Premiers Plans d’Angers, dont elle était la marraine, tant elle aimait soutenir les premiers projets, l’avenir. Elle nous avait confié qu’elle était devenue actrice faute de devenir religieuse – elle avait perdu la foi – mais avec la même dévotion et ascèse que si elle était entrée dans les ordres, la même «absence de futilité» – c’étaient ses termes. Elle prétendait aussi qu’aucun de ses films ne dessinait son autoportrait et que ce qu’elle aimait le plus était qu’on l’oublie absolument derrière son personnage. Cependant, à travers tous ses rôles, c’est l’emploi un peu désuet de la femme fatale qui apparaît, même quand elle joue une institutrice dans Mademoiselle de Tony Richardson, l’un de ses films les plus méconnus. Ingénue ou jeune fille, elle ne l’a jamais été, même dans Touchez pas au grisbi, le polar archimisogyne de Jacques Becker, où Jean Gabin lui donne une gifle.

Jeanne Moreau est née à Paris dans un milieu contrasté, et a passé la plus grande partie de son enfance à Vichy. Sa mère était anglaise, danseuse de music-hall dans la troupe des Tiller Girls, et parlait le français avec un fort accent. Son père nourrissait la famille, au propre comme au figuré, car il tenait un restaurant. Il fit faillite et la famille retourna à Montmartre, vivre au cinquième étage d’un hôtel de passe. Elle disait qu’elle avait compris toute petite qu’elle n’avait pas été une enfant désirée, et qu’on avait même suggéré à sa mère de «faire passer le fœtus». Elle avait ajouté : «Bien sûr, ça change beaucoup de choses dans la vie», la première étant sans doute le lien à la maternité, dont elle clamait haut et fort qu’il lui était étranger. «Quand j’ai compris que les adultes, c’était ni fait ni à faire avec leurs histoires de jalousie, j’ai voulu devenir bonne sœur.»
«Je voulais être dans tous les théâtres du monde»

C’est dans une école catholique qu’elle découvre le plaisir de la lecture à haute voix, et son génie pour capter l’attention d’un auditoire. Elle ne sait pas encore qu’elle est actrice, ni même que ce métier existe. Elle n’a jamais été au théâtre, n’a jamais vu de films, mais l’hôtel où vit la famille jouxte un cinéma, si bien qu’elle entend à travers les murs les voix de Pierre Fresnay et d’Yvonne Printemps. Adolescente, elle se rend en catimini avec des copines pour la première fois à une représentation d’Antigone de Jean Anouilh. C’est une révélation. Dès lors, elle s’appuie sur la complicité de sa mère pour prendre des cours de théâtre. Et n’éprouve pas d’autre difficulté pour devenir comédienne que l’interdit du père, qui la chasse de la maison quand il apprend via un article de presse accompagné d’une grande photo que sa fille joue indéniablement la comédie chaque soir. Jeanne Moreau : «Les putains m’aidaient beaucoup. Comme je n’avais pas d’argent pour prendre un taxi après le théâtre, elles m’indiquaient le meilleur chemin. Je les retrouvais dans un bar, rue Blanche, et elles me faisaient servir à manger» (lire aussi pages 10-11).

Le talent de la débutante est immédiatement reconnu. Non seulement un sociétaire de la Comédie-Française s’offre de la préparer gratuitement en quatre mois au concours du Conservatoire – où elle est reçue – mais son premier contrat est avec Jean Vilar, qui vient de fonder une troupe avec Alain Cuny, Maria Casarès, Michel Bouquet et Germaine Montero, et l’embarque pour être distribuée dans trois pièces, dans le tout jeune Festival d’Avignon, en 1947. Il y a des débuts plus incertains. La Comédie-Française l’arrache à Jean Vilar, elle s’échappe de la maison de Molière au bout de quatre ans car le théâtre lui semble trop «vaste», dira-t-elle, pour qu’elle accepte d’être recluse dans un seul lieu. «Je voulais être dans tous les théâtres du monde.»

Etre au Français ne lui interdit cependant pas d’accepter quelques propositions au cinéma. Sur son premier film, Dernier Amour, son inexpérience est telle qu’elle continue de jouer son personnage quand elle est hors champ ou que la caméra ne tourne pas, devant l’œil interloqué des techniciens. Oubliable, le film est cependant important, car c’est sur ce tournage qu’elle s’aperçoit qu’elle est enceinte de l’acteur Jean-Louis Richard, alors en tournée. Ils se marient le 27 septembre 1949, elle accouche de son fils, Jérôme, le lendemain et, deux heures plus tard, elle appelle son metteur en scène pour lui dire qu’elle est en pleine forme, prête à reprendre le travail. Elle retourne chez Vilar, fait sensation au côté de Gérard Philipe au Festival d’Avignon, devient une vedette sur laquelle on monte financièrement un film. On est dans les années 50, les films sont empesés, la Nouvelle Vague se fait attendre. Puis elle arrive, vive les tournages libres en décors naturels, où les gens parlent normalement et qui ne nécessitent pas vingt heures de préparation pour le moindre plan. Jeanne Moreau, désormais une star, ne s’y trompe pas : elle tourne la Baie des anges de Jacques Demy, accepte immédiatement de soutenir le jeune François Truffaut en faisant une apparition rigolote dans les Quatre Cents Coups – une dame qui court après son petit chien place Clichy – ou de figurer dans un des premiers Godard.

L’une des rencontres capitales est avec Louis Malle. On se souvient de son errance, la nuit, dans Ascenseur pour l’échafaud, de cabine téléphonique en cabine téléphonique, sous la musique de Miles Davis, attendant désespérément son amant, Julien, coincé dans un ascenseur. Capitale, car pour la première fois elle est filmée telle qu’elle est. Son visage n’est plus jugé «trop cerné, asymétrique», devant être rectifié pour correspondre aux canons. Jeanne Moreau est dans son élément. Elle vivra une passion avec le cinéaste, ils tourneront les Amants, qui fera un scandale incompréhensible aujourd’hui, avant de se séparer.

Dans ces années-là, l’autre rôle phare est bien sûr celui de Catherine dans Jules et Jim de François Truffaut, qu’il est impossible d’évoquer sans entendre le Tourbillon de la vie. La fameuse ritournelle n’a pourtant pas été écrite pour le film, mais sept ans plus tôt par Rezvani, en clin d’œil au couple qu’elle formait avec Jean-Louis Richard.
«On va chanter»

Le tournage de Jules et Jim est difficile, comme Jeanne Moreau l’expliquait à Libération en 2002 : «Il n’y avait plus d’argent. Un jour, un technicien s’est crashé en hélicoptère. On a dû interrompre le film. C’est à ce moment que François a dit, comme pour retrouver de l’élan : “On va chanter.” C’était dans les Vosges, un grand chalet, il a fait venir un ingénieur du son pour un jour et, avec Rezvani à la guitare, j’ai chanté le Tourbillon. C’est le seul passage du film en son direct. Truffaut tenait énormément à ces quelques prises. Il n’a pas choisi la plus juste du point de vue des paroles et de la musique, mais celle où passait le plus de vie. Il est étonnant que cette chanson, composée bien avant Jules et Jim et pour une tout autre histoire, soit devenue le symbole du film, presque de François Truffaut lui-même…»

A moins qu’on préfère se souvenir de son amitié complice avec Marguerite Duras, avec qui elle partagea une Rumba des îles et chanta India Song sur une musique de Carlos d’Alessio, but beaucoup, et tourna notamment Nathalie Granger, avec un Gérard Depardieu en démonstrateur impeccable de machine à laver ? Elle l’incarna par la suite sans la singer sous la caméra de Josée Dayan.

On ne peut pas dérouler toute la filmographie de Jeanne Moreau, qui se confond pourtant avec sa vie entière. Un film, un amant, un amour. Tout va ensemble, il n’y a pas d’un côté la vie professionnelle et la vie intime, et ses grandes histoires d’amour – d’Orson Welles à William Friedkin, avec qui elle se maria brièvement – furent aussi des passions de cinéma. Ce qui frappe, c’est l’intelligence de ses choix. «Ah bon ?» aurait-elle dit.
«Un jour, c’est trop tard»

La préméditation n’est pourtant pas son genre. Ses meilleurs films, tournés dans les années 60, ne lui rapportent pas un centime, et elle s’investit souvent financièrement pour que le tournage puisse continuer. Elle sauvera ainsi Jules et Jim. Mais elle peut aussi, de manière désintéressée, aider des cinéastes avec lesquels elle ne travaille pas.

Elle nous avait confié qu’elle avait recueilli Jean Eustache quand la Maman et la Putain avait été présenté à Cannes. «Il était d’une nervosité dingue. Dans cette période d’attente, il m’a appris un jeu de patience très difficile. Il l’a réussi trois fois de suite. Je lui ai dit : “Vous allez voir, ça va marcher.”» Ils avaient plusieurs projets ensemble, dont une suite de la Maman et la Putain de quelques minutes, avec Bulle Ogier, sur une seule bobine si l’on en croit un article d’Hervé Guibert republié dans le recueil Articles intrépides. Jeanne Moreau avait ajouté : «Ce n’est pas toujours par négligence ou par manque d’argent qu’on ne fait pas un film. Un jour, c’est trop tard.»
Un écrivain oral

Etre avec Jeanne Moreau, c’était la promesse d’une parole imprévue et mouvementée, pleine de détails qui soudainement prennent de l’ampleur et engagent dans une direction inconnue. C’était un écrivain, un écrivain oral qui avait besoin d’un interlocuteur pour exister, et maints éditeurs ont d’ailleurs tenté de lui faire écrire ses mémoires. Mais non ! disait-elle. «J’aimerais bien. La seule activité que je place plus haut que jouer la comédie est l’écriture.»

Depuis une poignée d’années, deux ans peut-être, Jeanne Moreau s’était éclipsée de la vie sociale et vivait dans une grande solitude. Son dernier film est une série de cinq courts métrages sous forme d’hommage, réalisés par Sandrine Veysset en 2013. Au théâtre, son ultime apparition fut son duo avec Etienne Daho : ils avaient adapté en musique Un condamné à mort de Jean Genet, avec qui elle fut amie – ils étaient «deux voyous», disait-elle en 2011, et elle lui servait «d’appât» pour les garçons. Ce spectacle restera le dernier choc scénique, et la preuve, s’il en fallait, qu’elle continuait d’adorer travailler avec plus jeune qu’elle.

On se souvient d’elle, sur le pas de la porte : on était arrivée chez elle, où on avait rendez-vous, on était face à elle, elle se disait surchargée de travail, harassée d’activités, elle était élégante dans son smoking blanc avec son brushing, mais on voyait bien à son regard rieur qu’elle nous faisait une mauvaise blague. Et que, désormais, elle vivait chez elle, recluse.

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(FILES) This file photograph taken on May 17, 2008, shows French actress Jeanne Moreau smiling as she arrives to attend the screening of US director Woody Allen’s film ‘Vicky Cristina Barcelona’ at the 61st Cannes International Film Festival in Cannes, southern France.
French actress Jeanne Moreau has died aged 89 on July 31, 2017.
/ AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Jeanne Moreau : “On ne me dresse pas !”

La porte est ouverte sur un salon encombré d’imprimés. Partout, des scénarios. Sur les chaises, sur les fauteuils, derrière les rideaux, contre les murs. Rouges, verts, blancs, cornés ou neufs. Jeanne Moreau s avance, en pantalon cigarette et chemisier bleu clair. Elle est menue : “Alors, vous vous êtes perdu ?”, dit-elle d’une voix alourdie par le bronze du tabac. Oui, je me suis perdu. Comme je me perds devant ces deux yeux agrandis par le souvenir, tant aimés par la caméra et les hommes. Dans un petit bureau, elle allume une cigarette fine comme une gaufrette russe puis, posée à l’extrême pointe d’un siège adossé à une toile aborigène, elle demande : “Que voulez-vous savoir ?” Je veux savoir tout, chère Jeanne, la vie, l’avenir et la géographie de votre cœur. “Nous n’aurons guère le temps”, dit-elle. Alors, va pour Avignon.

Elle y retourne cette année. Pour donner “la Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres”, d’après Flavius Josèphe, dans une mise en scène d’Amos Gitaï. Peste ! Jouer un texte qui a presque 2.000 ans, n’est-ce pas une aventure ? Jeanne Moreau me tend le gros livre de Flavius Josèphe : 100 passages sont soulignés en rouge, des phrases entières sont bordées d’une frise ou hachées par des coups de crayon. “Dur ? Non. C’est comme des vacances..”, dit-elle en faisant soigneusement tomber sa cendre dans un petit cône de cuivre. D’ailleurs Avignon, mon Dieu, elle est habituée : elle y est arrivée en 1947 avec Jean Vilar. “Nous dormions tous dans les couloirs du bâtiment… Il n’y avait qu’un hôtel, et nous étions raides comme des passe-lacets”.

Elle est revenue plus tard, avec Gérard Philipe – “un ange” -, avec Shakespeare – “un génie enragé” et puis le cinéma l’a engloutie. Elle a tourné tourné, tourné. Après “Dortoir des grandes” (1952), les hommes la suivaient dans la rue, elle n’y voyait aucun mal. Est-ce alors qu’elle a déclaré: “La plupart des gens n’ont pas assez d’énergie pour l’amour, ils préfèrent aller au cinéma” ? Elle l’a dit, oui. “Ça me ressemble.” A cette époque-là, elle avait choisi le professeur de théâtre le plus dur, le plus intransigeant. “Vous vouliez donc être dressée ?” La réponse claque comme un fouet : “Moi, on ne me dresse pas !” Que de films, ratés ou merveilleux ! “Touchez pas au grisbi”, génial. “Gas-oil”, excellent.

“Ascenseur pour l’échafaud”, sublime musique… “On vous prête une histoire avec Miles Davis ? – On dit qu’il était amoureux de moi. Mais, à la vérité, je ne l’ai même pas remarqué. J’étais si amoureuse de Louis Malle, voyez-vous…”

L’après-midi d’été s’écoule, chez Mademoiselle Moreau, en histoires à rebondissements, toutes racontées avec une mémoire sans faille. “Ce jour-là, je portais une robe vert pomme…” Ou bien : “A 16h15, Simone Berriau est entrée avec un crayon à la main…” Jeanne Moreau se souvient de tout. Une lente poussière ensoleillée tombe des étagères. Les noms se succèdent : Vadim, Truffaut, Peter Brook, Godard, Jacques Demy, Burt Lancaster.

Mauvais souvenir, “le Train” : “Lancaster avait besoin de se motiver pendant deux heures avant de déplacer une salière.” Jeanne Moreau a quand même tourné plusieurs westerns, dont le beau “Monte Walsh”, avec Lee Marvin. “J’ai eu une aventure avec lui durant le tournage, il n’a jamais été soûl, non…” Et Mastroianni ? “L’homme le plus gentil du monde. Pendant ‘la Notte’, nous étions face à Antonioni, qui ne nous parlait pas. Monica Vitti est venue me voir pour me demander de ne pas lui voler Michelangelo. Je n’en avais pas l’intention. J’étais bien avec Marcello.”

Hormis la cohorte des fiancés connus, y en a-t-il eu d’autres ? “Ah ! je me souviens de George Hamilton, pendant ‘Viva Maria’. Louis Malle venait de se marier. Hamilton était si drôle. Et si charmant…” A ce souvenir, elle rit, d’un rire qui flamboie, puis se lève pour feuilleter un album de photos

Voici un cliché d’autrefois, dans un Paris endeuillé par la suie. J’en profite pour lui demander si, comme l’affirme la légende, elle est allée visiter, un jour, une maison close, pour apprendre la vie. “Non, c’est faux. En fait, quand mon père et ma mère sont revenus à Paris, après la guerre, nous avons vécu dans un hôtel de passe. Là, comme j’étais bilingue, j’écrivais en anglais les lettres de ces dames pour les GI. Elles m’emmenaient manger, elles m’aimaient bien…”

Jeanne Moreau recoiffe ses cheveux blonds d’un geste négligent, illumine le bureau d’un nouveau sourire, et ajoute, de but en blanc : “J’ai toujours su que le métier de comédienne était fait pour moi. Pour moi.” De l’index, elle montre sa poitrine. Images : “Jules et Jim”, Jeanne avec sa casquette ; “Eva”, avec son air de femme fatale ; “le Procès”, Moreau dans l’ombre d’Orson Welles ; “le Journal d’une femme de chambre” de Luis Buñuel ; puis Marguerite Duras, Bertrand Blier, André Téchiné, Elia Kazan, Jean Renoir, Wim Wenders.

Avec qui n’a-t-elle pas tourné ? 120 ou 130 titres, allez savoir. Ce n’est plus une filmographie, c’est une saga. “S’arrêter ? Pour quoi faire ?” Elle continue donc. En automne, on la verra dans “Visages” de Tsai Ming-liang, aux côtés de Fanny Ardant, Nathalie Baye et Jean-Pierre Léaud. Elle reprend Flavius Josèphe pour préparer Avignon, l’entretien est terminé. Puis, dans l’antichambre, avec un regard craquant : “Mais vous savez, des hommes, il y en a eu…” Elle a un geste pour désigner l’infini. Ou pour chasser la fumée de cigarette.

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FILMBILD / T: Falstaff / Campanadas A Medianoche / Chimes At Midnight D: Orson Welles, Jeanne Moreau R: Orson Welles P: E/CH J: 1965 PO: Szenenbild RU: Historienfilm/Epos DA: , – Filmstill // HANDOUT / EDITORIAL USE ONLY! / Please note: Fees charged by the agency are for the agencyÃs services only, and do not, nor are they intended to, convey to the user any ownership of Copyright or License in the material. The agency does not claim any ownership including but not limited to Copyright or License in the attached material. By publishing this material you expressly agree to indemnify and to hold the agency and its directors, shareholders and employees harmless from any loss, claims, damages, demands, expenses (including legal fees), or any causes of action or allegation against the agency arising out of or connected in any way with publication of the material.

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La mort de Jeanne Moreau, comédienne fleuve

Archives | Vilar, Louis Malle, Truffaut, Antonioni, Duras, Bunuel, Losey… au cinéma et au théâtre, elle a côtoyé certains des plus grands auteurs dans un parcours artistique exceptionnel. Ses interprétations, sa beauté, sa voix singulière, ont fait d’elle l’actrice majeure de la seconde moitié du XXe siècle.

Elle fut comédienne bien sûr, au théâtre, au cinéma, mais également chanteuse – l’éternel “Tourbillon de la vie”, ou réalisatrice… Difficile de choisir les temps forts dans un parcours qui fut comme une oeuvre, au contact de certains des artistes les plus importants du XXe siècle. Alors évidemment on se souviendra d’elle dans le trio magique de “Jules et Jim”, de sa beauté en Noir et Blanc dans “Ascenseur pour l’échafaud” de Louis Malle ou “La Nuit” de Michelangelo Antonioni, de son personnage à la dérive dans “Les Valseuses”…

Née le 23 janvier 1928 à Paris, Jeanne Moreau débute au Festival d’Avignon en 1947, après des cours de théâtre suivis à l’insu de ses parents. Elle entre ensuite à la Comédie-Française qu’elle quittera pour suivre Jean Vilar au TNP. Au cinéma, après des petits rôles, deux films de Louis Malle, “Ascenseur pour l’échafaud” en 1957 et “Les Amants” en 1958 (qui fit scandale), la révèlent au grand public. Le film “Moderato cantabile”, d’après Duras, vaut à Jeanne Moreau le prix d’Interprétation au Festival de Cannes, et sa performance dans “La Vieille qui marchait dans la mer” est saluée par le césar de la Meilleure actrice en 1992. En tout c’est près de 140 films qu’elle aura tournés, en compagnie de Malle et Truffaut bien sûr, mais également Decoin, Renoir, Demy, Vadim, Welles, Kazan, Losey, Fassbinder, Wenders, Téchiné, Luc Besson ou François Ozon.

Parallèlement à sa carrière cinématographique, Jeanne Moreau se consacre à la chanson, à la télévision et poursuivra au théâtre (écoutez-la dans “Quartett” pour son retour à Avignon en 2007). Elle a réalisé deux films, “Lumière” en 1975 et “L’Adolescente” en 1979. Elle est la première femme à entrer à l’Académie des Beaux-arts en 2001. En 2005, elle crée en marge du festival Premiers Plans d’Angers, les Ateliers d’Angers, pour permettre à de jeunes réalisateurs de tourner leur premier long-métrage.

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FILMBILD / T: Viva Maria! / Viva Maria! D: Jeanne Moreau, Brigitte Bardot R: Louis Malle P: F/I J: 1965 DA: * Bildrechte: Das Vierte (Das 4.) Originaldateiname: 502568.JPG Filmstill // HANDOUT / EDITORIAL USE ONLY! / Please note: Fees charged by the agency are for the agencyÃs services only, and do not, nor are they intended to, convey to the user any ownership of Copyright or License in the material. The agency does not claim any ownership including but not limited to Copyright or License in the attached material. By publishing this material you expressly agree to indemnify and to hold the agency and its directors, shareholders and employees harmless from any loss, claims, damages, demands, expenses (including legal fees), or any causes of action or allegation against the agency arising out of or connected in any way with publication of the material.

Jeanne Moreau, «mystique et frivole»

Avec sa beauté sensuelle teintée de lassitude et sa voix incomparable, Jeanne Moreau, morte à Paris à 89 ans, laisse l’empreinte d’une actrice éclectique et d’une femme libre. Elle a tourné dans plus de 130 films et avec les plus grands noms du cinéma, tels Orson Welles, Wim Wenders, Rainer Werner Fassbinder, François Truffaut ou Elia Kazan.

Elle a été toute jeune pensionnaire de la Comédie-Française, a joué avec Gérard Philipe Le Cid au Festival d’Avignon, a enregistré plusieurs albums de chansons, dont le Tourbillon – chanson culte du film de François Truffaut Jules et Jim qu’elle avait chantée aux côtés de Vanessa Paradis à Cannes en 1995 -, réalisé deux longs métrages et tourné pour la télévision, dirigée notamment par Josée Dayan.

A la veille de ses 80 ans, elle reconnaissait avoir vécu dans son métier des moments de passion qu’elle n’avait pas vécus dans sa vie. «On dit toujours qu’en vieillissant les gens deviennent plus renfermés sur eux-mêmes, plus durs. Moi, plus le temps passe, plus ma peau devient fine, fine… Je ressens tout, je vois tout», notait-elle avec son phrasé inimitable.

L’actrice qui a fasciné Welles (Une histoire immortelle), Bunuel (Journal d’une femme de chambre), Antonioni (La notte) ou Losey (Eva), raconte avoir «été responsable très tôt» : «Quand on n’est pas encouragé par ses proches, il y a une détermination, une énergie».
Le goût des livres

Elle est née le 23 janvier 1928 à Paris d’un père restaurateur et d’une mère danseuse anglaise. Un antagonisme profond la sépare de son père, «un homme élevé par des parents du XIXe siècle» qui supportait mal que sa femme lui échappe. «Ça m’a rendue enragée de voir comment une femme pouvait se laisser malmener», confiait-elle.

Son goût pour la lecture lui vient de son oncle, «un homme extraverti» qui lui donnait des livres – «ce qui était interdit, j’ai toujours lu en cachette» -, et lui payait des cours de danse. «J’ai découvert la sexualité sur le tard, à travers les livres et parce qu’on a vécu dans un hôtel de passe à Montmartre» à Paris, s’amusait cette grande séductrice.

A 19 ans, après le Conservatoire, elle fait ses débuts à la Comédie-Française qui représente pour elle «la discipline, l’exactitude». «Cela me convenait. J’aimais l’école puisque mon père ne tenait pas à ce que je fasse de longues études et qu’il m’imaginait fonctionnaire ou épouse d’un restaurateur».

Sa rencontre avec Louis Malle pour Ascenseur pour l’échafaud en 1957 est déterminante. Un an plus tard, les Amants (Lion d’Or à Venise) a été «un cadeau de rupture». «Je suis toujours partie la première, je n’aime pas être abandonnée», disait-elle.

En plein chagrin d’amour, elle fait la connaissance de Marguerite Duras, Margaux comme elle l’appelle. «Comme j’étais devenue une star, que je pouvais imposer le sujet, le metteur en scène, l’acteur, je me suis dit : je vais rencontrer cette femme. Je lui ai écrit, elle m’a reçue». Duras la dirigera dans Nathalie Granger (1973).
Ambassadrice du cinéma français

Au fil des ans, elle travaille avec les plus grands réalisateurs et collectionne les films phare de la Nouvelle Vague. «Tourner, c’est entrer dans leur univers, c’est la meilleure façon pour pouvoir incarner leurs fantasmes et grâce à eux j’ai une famille incroyable de femmes qui sont en moi et m’accompagnent», disait-elle.

En 1962, Jules et Jim inaugure sa collaboration avec François Truffaut. «On m’a prêté beaucoup d’aventures amoureuses avec des metteurs en scène. Je n’en ai pas eu 36. Avec François, ça n’a jamais abouti, justement à cause de son amour des femmes, je ne voulais pas être une parmi tant d’autres», racontait cette femme mariée deux fois, et mère d’un fils, Jérôme.

Pour la Vieille qui marchait dans la mer, elle a reçu en 1992 le César de la meilleure actrice et «Jeanne la Française», comme on l’appelle à l’étranger, est devenue les années suivantes une sorte d’ambassadrice du cinéma français. Elle a reçu en 1998, des mains de Sharon Stone, un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, et, dix ans plus, un Super César d’honneur lors des César 2008.

Lauréate du prix d’interprétation féminine 1960 à Cannes (pour Moderato Cantabile), elle fut la seule comédienne à avoir présidé deux fois le jury de ce Festival (en 1975 et 1995). Elle y a aussi été plusieurs fois maîtresse de cérémonie.

Jeanne Moreau se disait «mystique et frivole», capable de s’angoisser pour le drame du Darfour mais aussi d’aimer l’élégance et les belles choses. Elle aimait comparer la vie à un jardin, «un jardin en friche qu’on nous donne à la naissance» et qu’il faut «laisser beau au moment de quitter la terre».

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British actor Richard Burton his wife British American actress Elizabeth Tayor (C), and French actress Jeanne Moreau (R) attend the UNICEF gala at the Palais de Chaillot in Paris on December 16, 1967. / AFP PHOTO / –

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তরুণ তন্ময়তার গান

জুলাই, ১৯৯২ প্রকাশিত হয়েছিল আমার প্রথম কবিতার বই। তরুণ তন্ময়তার গান প্রকাশের ২৫ বছর পূর্ণ হল। এখন আর একবিতাগুলো পড়া যায় কিনা বা কেউ পড়বে কিনা এটা একটা প্রশ্ন, আমি ব্যক্তিগত ভাবে আর এই বইটির নতুন প্রকাশ চাই না, যদিও আমি কেমন কবি একথা জানার কখনো প্রয়োজন হলে এই বইটিই সবার অাগে পড়তে হবে।

Brain images display the beauty and complexity of consciousness

This is what consciousness looks like – but these aren’t brain scans. Neuroscientist-turned-artist Greg Dunn created the art, aided by artist and physicist Brian Edwards, largely by hand, and using a special etching technique. “The piece was designed to be an unprecedented image of the brain,” says Dunn of his project, titled Self Reflected.

The main image (above) depicts the visual cortex. The others (below) show, from the top: the thalamus and basal ganglia (which govern our senses, movement and decision-making), the cerebellum (which oversees movement and proprioception – an awareness of one’s own body), the parietal gyrus (which integrates movement and vision) and the brainstem and cerebellum (which handle movement and proprioception plus basic functions such as breathing)..

To create the artworks, Dunn first collected reams of information on the human brain, including scans and detailed depictions of neurons, and how they connect to each other. He used these as inspiration for hand drawings on transparent sheets.

Working with Edwards, Dunn fed these drawings through a computer model that mimics how neurons communicate with each other, simulating the movement of signals throughout the brain. The pair then printed the resulting patterns using a technique that etches layers of gold leaf.

As a result, the images appear to come to life as light moves across them, highlighting different layers of neurons and the flow of information between them. “We’re demonstrating the depth and breadth of neural activity that allows us to go about our existence,” says Dunn.

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বাংলাদেশের পরবর্তী সাধারণ নির্বাচনের সময়

দুই হাজার সতেরো সালে বাংলাদেশের পরবর্তী সংসদ নির্বাচন নিয়ে কোনো কিছু লেখার প্রয়োজনীয়তা আমি বোধ করছিলাম না, বাংলাদেশের নির্বাচন প্রস্তুতি এত আগে সাধারণত শুরু হয় না, যদিও অনেক কিছু বলা হয় অনেক তোড়জোড় চলে, কিন্তু শেষ পর্যন্ত ওই ছয়/সাত মাস আগেই যা হওয়ার হয়, কিন্তু আমার মনে হচ্ছে সংসদ নির্বাচন কখন করে ফেলা যাবে সেই সময়টা মোটামুটি ঠিক করে ফেলা উচিত, আমি চাইব দুই হাজার আঠারো সালে অক্টোবরের শেষে বা বড় জোর নভেম্বরের মাঝামাঝি বাংলাদেশের পরবর্তী সাধারণ নির্বাচন হয়ে যাওয়া উচিত এবং কোনো ভাবেই এর পেছনে না নিয়ে বরং এর কয়েক সপ্তাহ আগে শেষ করে ফেলতে পারাটাই উচিত হবে।

হিন্দু ধর্ম ও সংস্কৃত ভাষা পরীক্ষায় উজ্জ্বল উত্তীর্ণ কেউ

আশা করা যায় সত্তর পূর্ণ করা স্বাধীন ভারতে হিন্দু ধর্ম ও সংস্কৃত ভাষা পরীক্ষায় উজ্জ্বল উত্তীর্ণ রাষ্ট্রীয় স্বয়ংসেবক কেউ রাষ্ট্রপতি হয়ে আসবেন, ভালই হবে, এঅঞ্চলে প্রায়শই দেখা যায় যে যেমনই হোক না কেন বয়সকালে তাদের ধর্মে মতি আসে, ফলে এরকম একজন রাষ্ট্রপতিকে আমি অগ্রিম শুভেচ্ছা জানিয়ে রাখলাম আর এটাও বুঝে নিলাম আমাদের সামনের দিনগুলোতে আর সব কিছু বাদ দিয়ে ইসলামিয়াত পরীক্ষা আর হিন্দু ধর্ম ও সংস্কৃত ভাষা পরীক্ষার ব্যস্ততায় আমাদের জীবনীশক্তির সিংহভাগ দগ্ধ হবে, এই বিদগ্ধতার ঘা নিয়ে সামনের দিনগুলো কাটাতে আমাদের কেমন লাগবে সে কেবল ভুক্তভোগীরাই দিনে দিনে আমাদেরকে জানাতে পারবে।

শান্তিনিকেতন : কর্মতত্ত্ব




মোদির কালাপানি

সভ্যতাগর্বী ও স্বাতন্ত্র্যলোভী মোদির নেতৃত্বাধীন হিন্দুত্ববাদী ভারত চীনের বেল্টরোড উপক্রমের বিরোধিতার মধ্য দিয়ে আরেক কালাপানির কুসংস্কারে আবদ্ধ হচ্ছে কিনা তা ভেবে দেখা খুবই জরুরি, এবং এক্ষেত্রে ভারতের কেন্দ্রীয় ও আঞ্চলিক রাজনীতির বিভিন্ন গুরুত্বপূর্ণ নেতৃবৃন্দের আরো এগিয়ে আসা উচিত বলেই আমি মনে করি, এবং আমার এও মনে হয় বাংলাদেশ শ্রী লন্কা বার্মা/মায়ানমার নেপাল ভূটান এদেশগুলোরও ভারতের এই বিরোধিতার বিরোধ মেটানোর জন্য একযোগে কাজ করা উচিত, কারণ ভারতবিহীন চীনের বেল্টরোড উদ্যোগ আমাদের সবাইকে অত্যন্ত নাজুক একটা পরিস্থিতির মধ্যে ফেলবে এবং ভারতকে অতিমাত্রায় প্রতিরক্ষা ব্যয়ের আবর্তে ব্যতিব্যস্ত রাখবে, আঞ্চলিক সংযোগ যদি হয় আগামির সবচেয়ে বড় বিনিয়োগ তাহলে ভারতের চীনের বেল্টরোড উপক্রমকে প্রতিরোধ বা উপেক্ষা করা মোদির কালাপানি অবরোধ ছাড়া আর কিছুই বলা যাবে না।