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Le baobab de l’afro-jazz emporté par le Covid19

March 29, 2020

Le saxophoniste et chanteur franco-camerounais Manu Dibango, figure emblématique de l’afro-jazz, est décédé ce mardi 23 mars 2020 des suites du Covid-19.

Manu Dibango, saxophoniste et chanteur franco-camerounais, auteur du légendaire “Soul Makossa” (1972), devient la première célébrité mondiale à décéder des suites d’une contamination au coronavirus. Il est mort ce mardi 23 mars à 86 ans, dans un hôpital de la région parisienne.

Le 1er février 2020, dans le cadre de sa tournée mondiale pour fêter ses 60 ans de carrière, Manu Dibango donnait un concert à guichet fermé à l’Opéra Berlioz de Montpellier. Son spectacle “Safari Symphonique” réunissait sur scène deux grands orchestres : le “Soul Makossa Gang”, sa formation, et l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Sur scène, celui qu’on appelle affectueusement Le Grand, Papa, ou l’éléphant de Douala, est en excellente forme. Compte-rendu du show par le journaliste de la Depêche du Midi:

L’Opéra Berlioz est plein comme un œuf, et à l’entrée on s’arrache les dernières places. C’est la ruée, un succès rare. Les ovations finales, debout, où l’on claque des mains, chante et même danse, sont intenses, et après l’enchaînement des bis, quand Manu vient tout seul, malgré l’extinction des feux, jouer “Que reste-t-il de nos amours”… le public ne veut plus partir et se masse longuement au pied du plateau. Une manif pour Manu : “Il faut qu’il revienne !”.

Le “bal planétaire” à 5 temps de Manu Dibango

Retour en 5 titres sur la foisonnante exploration musicale du chanteur et saxophoniste camerounais, disparu à 86 ans des suites du coronavirus.


Légende : Manu Dibango joue du saxo le 22 septembre 2007 à Craonne, dans l’est de la France,pour une commémoration de la bataille du Chemin des Dames• Crédits : FRANCOIS NASCIMBENI – AFP

La musique qui avait bercé les débuts d’Emmanuel Dibango depuis sa naissance 1933 à Douala, le grand port de commerce du Cameroun alors sous mandat français, c’est d’abord le chant de la chorale du temple voisin que dirige parfois sa mère, par ailleurs couturière. C’est aussi, à la maison, les gramophones des musiques françaises, américaines ou cubaines, importées par les marins en escale, et achetés par son père fonctionnaire.

Du temple au jazz

Ses parents rêvent pour lui d’autre chose : en 1948, il a 15 ans et le certificat d’études en poche lorsqu’il est envoyé poursuivre ses études en France. Trois semaines de bateau jusqu’à Marseille où il débarque avec pour seule richesse “3 kilos de café”, une denrée rare dans la France de l’après-guerre, et qui lui permettent de payer son premier mois de pension dans une famille de la Sarthe. Le lycée l’emmène ensuite à Chartres : premières cigarettes, découverte du jazz, du piano et surtout du saxophone ténor (qui deviendra sa signature sonore) grâce à son compatriote Francis Bebey avec lequel il crée un trio. La musique prend de plus en plus de place : il se produit dans les boîtes de Reims et les bals de campagne… et rate son bac en 1956.

Son père lui coupe les vivres. Il gagne alors Bruxelles où il se produit dans de nombreux clubs privés et cabarets. Il y fréquente les exilés congolais, tandis que le Congo belge est en pleine effervescence. Parmi eux, Grand Kalle, chantre de la rumba congolaise et père de l’hymne des indépendances africaines : Indépendance cha cha. A son contact, le jazz de Manu Dibango s’africanise : l’indépendance congolaise achevée, il se rend à Léopoldville où il ouvre un club, le Tam-Tam et lance la mode du twist en enregistrant le 45 tours Twist à Léo (pour Léopoldville), l’un de ses premiers succès.

Je veux être noir (1966)

Fort de ce succès au Congo, son père lui demande d’ouvrir un club similaire au Cameroun mais la guerre civile qui déchire le pays précipite son retour en France en 1967. Il y prend la tête d’un big band jouant sur des plateaux d’émissions de variétés. Toujours à l’affût de nouvelles sonorités, il plonge dans le rhythm’n and blues, accompagne Dick Rivers à l’orgue Hammond mais surtout Nino Ferrer – la collaboration dont il se dira le plus fier. Pour ce dernier, il pose son saxophone sur Le téléphon et dirige son orchestre. Il continue par ailleurs d’enregistrer des 45 tours, et en 1969, sort Saxy Party, son premier album mêlant certaines de ses compositions au célèbre gospel Oh happy day, au Métèque de Moustaki ou à un autre titre composé par Nino Ferrer pour son premier album, Je veux être noir.

Soul Makossa (1972)

Reconnu sur le continent africain et dans le milieu musical hexagonal, Dibango change de stature en 1972 lorsque sort Soul Makossa qui fera sa gloire et sa fortune : un riff de saxophone et un refrain entêtant (“Mama-se, mama-sa, mama-coo-sa”) célébrant à la sauce soul le Makossa, le creuset musical populaire camerounais. Le morceau est repéré par un DJ new-yorkais, David Mancuso, qui le diffuse lors de ses soirées disco au Loft où se déhanchent joyeusement Noirs et Latinos, gays ou hétéros, faisant de Dibango la coqueluche des musiciens noirs étasuniens.

Soul Makossa n’est pourtant au départ qu’une simple face B destinée à accompagner la sortie d’un hymne pour les supporters des “Lions indomptables”, les footballeurs camerounais, lors de la 8e Coupe d’Afrique des nations. Manu Dibango l’intègre ensuite à l’album O Boso qu’il enregistre à Paris et qui s’écoulera à des millions d’exemplaires. Entre temps, le producteur Quincy Jones, aux manettes de l’album Thriller de Michael Jackson, utilisera sans son autorisation un extrait de Soul Makossa pour Wanna Be Startin’ Somethin’ : un accord financier sera trouvé, longtemps après, entre les deux parties.

Big Blow (1976)

Après le succès de Soul Makossa qui lui ouvre les portes de l’Olympia de Paris en 1973, Manu Dibango est appelé aux Etats-Unis, invité du prestigieux Apollo Theater de Harlem puis du Fania All Stars, orchestre réunissant la crème de la salsa qui fait alors bouillir New York.

Il enchaîne les concerts dans des salles immenses (Madison Square Garden, Yankee Stadium…), tourne en Amérique latine puis pose ses valises à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il dirige entre 1975 et 1979 l’orchestre de la Radio-télévision nationale. En parallèle, il continue de faire paraître de nouveaux titres, comme en 1976, cet imcomparable Big Blow…

Afrique et symphonique

Manu Dibango se rend ensuite en Jamaïque où il croise Bob Marley entouré de ses mystiques. Il en tirera un album où son saxophone croise la section rythmique reggae de Sly Dunbar. Il collabore également avec Serge Gainsbourg.

Dans les années 1990, à la demande du producteur Yves Bigot, il supervise l’enregistrement de l’album Wakafrika, hommage aux musiques du continent et qui rassemble Youssou N’Dour, Salif Keita, Angélique Kidjo, Peter Gabriel ou Ladysmith Black Mamba.

Manu Dibango qui, depuis toujours multipliait les collaborations et les engagements (contre la famine, pour la liberté d’expression, contre le réchauffement climatique…), avait été nommé artiste de l’Unesco pour la paix en 2004. En 60 ans de carrière, il avait sorti plus de 40 albums dont le dernier, Safari Symphonique, mêlait jazz et musique classique. Il devait se produire à Lyon en mai prochain.

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