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Les Mille et Une Nuits: Le théâtre de Guillaume Vincent

December 1, 2019

Shéhérazade en rade

Par Ève Beauvallet — 28 novembre 2019

C’est plié d’avance : on trouvera ici une Shéhérazade version 2019, auteure hors-pair de série télé, showrunneuse qui maîtriserait l’art du cliffhanger au point de donner l’envie au sultan de «bingewatcher» en pyjama des histoires de féminicides, de sororité à défendre et de mythologies orientales à populariser.

Guillaume Vincent, metteur en scène, le 4 novembre 2019 à Paris. Photo : Annabelle Lourenço pour Le Monde

On entrait donc avec une curiosité un peu craintive dans la salle du Théâtre de l’Odéon, à Paris (VIe), où se joue pendant un mois l’adaptation des Mille et Une Nuits par Guillaume Vincent, parce qu’il est à peine besoin de se replonger dans l’œuvre pour pressentir les diverses tentations d’«actualisation» qu’elle offre aujourd’hui aux metteurs en scène. Mais non, bizarrement. En tout cas, la première partie nous épargne les clins d’œil trop lourdingues à l’actualité brûlante. Pas de transposition dans les bureaux de Canal + avec scénaristes précaires contraints d’inventer des histoires en chaîne pour subsister. Mais ce sera la seule qualité de ce décevant spectacle que d’opérer dans un premier temps ce «pas de côté» vis-à-vis du marché des adaptations théâtrales de récits anciens, où s’accumulent généralement écrans vidéo et échos sociétaux – quand bien même le sujet s’y prêtait et le metteur en scène sait manier l’esthétique télégénique.

LES MILLE ET UNE NUITS ( librement inspire), mise en scene de Guillaume Vincent au theatre de l’odeon du 8 novembre au 8 dŽcembre 2019.
Avec: Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benaibout, Lucie Ben Du, Hanaa Bouab, Andrea El Azan, Emilie Incerti Formentini, Florence Janas, Makita Samba, Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff.
(photo by Pascal Victor/ArtComPress)

Voilà brandi au contraire un goût des fantasmagories chatoyantes, des chambres d’enfant baroques, des costumes d’époque et des effets spéciaux artisanaux. Génial : Guillaume Vincent va investir ces contes comme un labo du merveilleux en redonnant bien sûr vie à cette vieille machinerie du théâtre, avec ses trappes, ses tentures, et ses cieux en carton-pâte, son fantastique mal bricolé et ses codes de jeu bien surannés. Parfois (généralement quand Emilie Incerti Formentini est sur le plateau), le grotesque prend forme avec magie.

La plupart du temps, la féerie se prend les pieds dans le tapis. C’est que Guillaume Vincent semble avoir le cul coincé entre mille et une chaises : un jeu ni suffisamment réaliste ni suffisamment stylisé, un potache pas assez virulent pour ne pas être vulgaire. Et peut-être trop de matières, trop de pistes, trop de registres, trop de personnages, trop d’effets pour ne pas accoucher d’une souris. A t-il paniqué sous l’épée de Damoclès qui plane sur l’histoire, quand il s’agit, rappelons-le, de survivre grâce au pouvoir hypnotique des fictions ? C’est vrai qu’une telle adaptation met la pression. Face à l’ennui, le spectateur dans la salle est aussi cruel que le sultan dans sa chambre. Si l’on avait été lui, Shéhérazade n’aurait jamais passé l’entracte.

Les Mille et Une Nuits de Guillaume Vincent OdéonThéâtre de l’Europe, 75006. Jusqu’au 8 décembre

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