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Bangladesh : derrière les tueurs de blogueurs, l’ombre d’Al-Qaida

August 19, 2015

Après le meurtre de quatre blogueurs athées en six mois, les autorités bangladaises ont réalisé un coup de filet au sein d’un groupe islamiste. Pas de quoi rassurer les défenseurs de la liberté d’expression.

Depuis février dernier, quatre blogueurs ont été assassinés au Bangladesh, jusque-là sans émouvoir outre-mesure le gouvernement. Tous prônaient la laïcité et militaient pour la liberté de pensée, dans un pays qui se veut laïc mais composé à plus de 90% de musulmans. Il aura fallu attendre le meurtre de Niloy Neel le 7 août dernier pour que l’Unesco, par la voix de sa directrice générale Irina Bokova, exhorte les autorités à ouvrir une enquête.

Sous la pression internationale, le gouvernement a annoncé ce mardi 18 août l’arrestation de trois islamistes présumés, “membres actifs” du groupe Ansarullah Bangla Team (ABT) et soupçonnés de deux des meurtres de blogueurs. L’un des trois hommes, Touhidur Rahman, ressortissant britannique d’origine bangladaise de 58 ans, serait “le principal planificateur des attaques contre Avijit Roy et Ananta Bijoy Das” selon la police.

Le blogueur Niloy Chkrabarti, qui écrivait sous le pseudonyme Niloy Neel, avait été attaqué par un commando d’agresseurs qui est entré dans son appartement et l’a emmené de force dans une pièce, avant de le tuer à coups de machettes. Avant lui, d’autres blogueurs qui contestaient le fondamentalisme et défendaient la laïcité sont morts dans des conditions similaires.

#Les blogueurs, des “athées à abattre”

C’était alors le quatrième d’une série noire débutée il y a six mois. Avijit Roy avait été abattu en février à coup de machettes, en revenant en pousse-pousse du salon du livre à Dacca, la capitale. Le blogueur américain affichait clairement son opinion sur le site “Mukto-Mona” (“Pensée libre” en bengali), considéré comme blasphémateur par les intégristes religieux.

En mars, Washiqur Rahman, 27 ans, était tué par deux hommes qui avaient dénoncé ses propos anti-religieux à la police.

Il a été assassiné car il existe ici une culture de l’impunité. C’était un libre penseur progressiste opposé au fondamentalisme religieux” déclarait à l’époque à l’AFP Imran Sarker, responsable du réseau de blogueurs “Blogger and Online Activists Network”.

En mai dernier enfin, Ananta Bijoy Das, un activiste laïc du web, avait été retrouvé mort chez lui, dans la ville de Sylhet, dans le nord-est du pays. Ce banquier de 33 ans collaborait avec le site “Mukto-Mona”, sur lequel il publiait des critiques ouvertes sur l’intolérance religieuse dans son pays.

En 2013, un blogueur athée, Rajib Haider, avait été tué dans les mêmes conditions par des islamistes. Et en 2004, un écrivain, Humayun Azad, lui aussi attaqué au retour d’un salon du livre, avait succombé à ses blessures.

Tous ces blogueurs, pas forcément athées, réclamaient l’interdiction des partis islamistes dans le pays ainsi que la peine maximale pour les crimes de guerre commis lors de la guerre d’indépendance en 1971.

#Ansarullah Bangla Team : l’ombre d’Al-Qaida

Le groupe Ansar Al-Islam, qui affirme être la branche bangladaise d’Al-Qaida dans le sous-continent indien (Aqis), a officiellement revendiqué le meurtre du blogueur Niloy Neel vendredi dernier. Dans un mail envoyé aux médias locaux, Ansar al-Islam, qui pourrait être une émanation du groupe extrémiste Ansarullah Bangla Team interdit en mai, se félicite d’avoir éliminé le “blasphémateur”, et indique que le groupe n’a “pas oublié les autres”.

Ce groupe, principalement constitué d’étudiants issus d’universités privées bangladaises, avait déjà revendiqué en mai les six assassinats des militants laïcs survenus depuis février 2013. Et des militants laïcs reprochent depuis des mois au gouvernement de ne pas lutter assez efficacement pour faire cesser les opérations punitives. Selon eux, les islamistes ont dressé une liste noire des personnes à abattre, dans laquelle figurent 84 blogueurs athées. Ces derniers temps, nombre de blogueurs et libre-penseurs sont entrés dans la clandestinité et d’autres ont fui à l’étranger.

#Interdiction de critiquer le laxisme des autorités

Quelques heures après avoir annoncé en grande pompe son coup de filet au sein de la mouvance intégriste, la police bangladaise indiquait que le rédacteur en chef réputé d’un site d’informations, Probir Sikdar, avait été arrêté pour “diffamation” à l’encontre d’un ministre sur Facebook. Le journaliste de 55 ans s’est rendu coupable d’avoir posté un commentaire affirmant que sa vie était en danger et que le ministre devrait être “tenu pour responsable” s’il était tué.

Sa mise en garde à vue a suscité des manifestations de militants des droits de l’Homme à Dacca, qui exigent que le gouvernement annule la loi criminalisant la publication d’informations pouvant “porter atteinte à l’image de l’Etat”.

Ce texte “va à l’encontre du caractère démocratique du Bangladesh”, a déclaré à l’AFP un activiste, Imran H. Sarker. “Il doit être aboli aussi vite que possible pour défendre la liberté d’expression”.

Le ministre de l’Intérieur, Asaduzzaman Khan Kamal, a défendu l’arrestation de Probir Sikdar, estimant qu’il aurait dû s’adresser à la police plutôt que de s’exprimer sur Facebook. Un tribunal du Bangladesh avait déjà condamné la semaine dernière l’éditeur d’un influent journal et son adjoint pour avoir critiqué un juge.

L’OBS Monde.

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